Etang Le Rheu

Le projet

Le projet

Un programme ambitieux sur plusieurs années

En 2019, 44% des ventes de poissons dans le monde sont issues de l’aquaculture (source). Pour autant, la France peine à développer sa capacité de production particulièrement et même à retrouver son niveau de production des années 1990. C’est en particulier le cas pour la pisciculture d’étang. La France dispose d’un potentiel important avec une surface en étang d’eau douce la plus élevée d’Europe, mais avec des niveaux de production particulièrement bas. L’objectif principal de SEPURE est de proposer aux professionnels de la pisciculture d’étangs de nouveaux modes de production en polyculture en prenant en compte les limites économiques et environnementales actuelles et futures. Démarré en février 2020, le projet se terminera en janvier 2023, et comprend 4 étapes.

Etat d'avancement du projet

Étape 1 : Comprendre pour mieux concevoir

Une enquête a été réalisée auprès d’une cinquantaine de gestionnaires afin de connaître leurs pratiques, qu’elles soient classiques ou plutôt « hors-norme », ce afin d’avoir une vision large des modalités de production, des contraintes et des souhaits des producteurs.

Un second travail centré sur la polyculture a été réalisé afin de comprendre comment le choix des espèces et de leur stade de développement au moment de l’empoissonnement influence la croissance de chaque espèce et la productivité globale de l’étang.

Afin de limiter les risques de compétition lors des expérimentations, l’équipe a utilisé la base de données TOFF (Traits of Fish). Cet outil permet de mesurer la compatibilité et la complémentarité des espèces à partir de certaines de leurs caractéristiques (comportementales, physiologiques…) couplées à des données environnementales concernant le lieu de production.

L’acquisition de ces informations a permis à l’équipe SEPURE d’imaginer plusieurs scénarios expérimentaux innovants en polyculture. Par scénario, nous entendons ici une combinaison d’espèces précise à un stade de développement particulier, ainsi qu’une proportion relative définie de chaque espèce à l’empoissonnement. Les mélanges d’espèces ont été pensés afin de prendre en compte l’ensemble des compartiments biologiques du système et la diversité qui le compose pour produire la ressource de manière plus durable. Par exemple certains omnivores valoriseront l’aliment distribué tandis que d’autres exploiteront plutôt les invertébrés présents. Quant aux carnassiers, ils pourront se nourrir des alevins des autres espèces.

Étape 2 : Mise en place des scénarios

Chez les gestionnaires d’étangs

Parmi les scénarios développés, dix ont été mis en place chez des professionnels volontaires, notamment en fonction des avantages/contraintes de chaque site (surface, végétation…) et de l’expérience des gestionnaires (spécialisés cyprinidés, carnassiers…). Les scénarios ont été mis en place en Dombes, dans la Brenne et le Grand Est, et durent le temps d’un cycle de production. Ils seront répétés lors d’une seconde saison.

site d’étude en Brenne

Site d’étude en Brenne

Ces scénarios expérimentaux ont pour but de mieux saisir la place de certaines espèces traditionnelles en polyculture, et d’évaluer le potentiel d’espèces plus originales comme différents esturgeons, les carpes amour ou les ides. D’autres objectifs sont aussi poursuivis pour les empoissonnements, comme de vérifier si une valorisation par prédation du Pseudorasbora parva, espèce envahissante est possible.

Les stations expérimentales

Trois scénarios plus « risqués » en termes de production ont été mis en place sur les étangs du Rheu d’INRAE (U3E) et sur l’étang de la Bouzule géré par l’UR AFPA. De plus, sur les étangs d’INRAE, des compartiments ont été définis et une rotation mise en place afin de reproduire la technique des pâturages tournants déjà présente dans d’autres filières animales. Le plancton, les macrophytes et les invertébrés sont des sources alimentaires non négligeables. L’application de la rotation pourrait donc permettre à ces groupes de mieux supporter la pression de prédation ou de broutage, et d’imaginer une réduction de l’apport alimentaire par le gestionnaire.

station expérimentale du Rheu (INRAE)

Station expérimentale du Rheu (INRAE)

Le suivi

Les sites sont caractérisés (superficie des étangs et de leur bassin versant, occupation des sols du bassin versant…) et les pratiques décrites (empoissonnement, faucardage…).

Tout au long de l’expérimentation, plusieurs données sont collectées :

  • Les paramètres physiques (température, pH…) et chimiques (chlorophylle a, azote, phosphore…) renseignent sur la qualité de l’eau et plus généralement l’état de santé du système.
  • Les macrophytes, le plancton et les invertébrés sont échantillonnés afin de connaître la disponibilité en ressources, la biodiversité et le réseau trophique de chaque étang.
  • Lors de l’empoissonnement et de la pêche finale, des mesures biométriques sont effectuées sur chaque poisson (taille et poids). 
Mesures biométriques effectuées sur une tanche (Tinca tinca)

Mesures biométriques effectuées sur une tanche (Tinca tinca)

Étape 3 : Évaluation des résultats

Les données récoltées au cours du cycle de production permettront de répondre à plusieurs questions.

Les échantillonnages (macrophytes, invertébrés…) permettront de modéliser le réseau trophique présent dans chaque étang. L’impact des divers scénarios sur les différents compartiments trophiques sera ainsi évalué.

Echantillonnage de macro-invertébrés

Echantillonnage de macro-invertébrés

L’impact environnemental des scénarios sera évalué par analyse du cycle de vie (ACV). Ce procédé utilisé dans de nombreux secteurs (bâtiment, automobile…) permet de définir les points clés et axes d'amélioration possibles pour limiter l’impact environnemental du système de production.

La performance en terme énergétique de chaque scénario sera mesurée par une méthode nommée Emergy. Elle vise à décrire les flux d’énergie (provenant de la nature ou de l’activité humaine) au sein des différents écosystèmes étudiés.  L'intégralité de l’énergie est ramenée en énergie solaire afin de comparer les performances des scénarios expérimentaux.

Par la suite, une évaluation des services écosystémiques que l’on retrouve sur les étangs testés sera effectuée.

Pour terminer, un bilan économique annuel de chacun des scénarios sera dressé afin de comprendre si ces innovations sont viables et applicables pour les gestionnaires.

Étape 4 : synthèse et outils

En recoupant tous les résultats (environnementaux, économiques…), SEPURE souhaite proposer aux professionnels une sélection de scénarios innovants et fiables, adaptés aux problématiques actuelles. Le programme ambitionne aussi de mettre en place divers outils à disposition des gestionnaires d’étangs, des formateurs et gestionnaires des territoires. L’étude donnera lieu à différentes publications d’articles scientifiques et présentations auprès des acteurs dans les zones de production. 

Conclusion

Le projet SEPURE est un programme ambitieux, faisant appel à une grande diversité d’acteurs à la fois scientifiques et professionnels, démontrant l’envie d’innovation d’une filière autour des grandes problématiques et des changements que subissent les étangs piscicoles au XXIe siècle.

Date de modification : 12 mai 2023 | Date de création : 27 octobre 2021 | Rédaction : MEANS